Conférence à l’initiative de l’intersyndicale de l’ENS Lyon et des élu-es étudiant-es de l’ENS et l’INSA Lyon.
Conférence à l’initiative de l’intersyndicale de l’ENS Lyon et des élu-es étudiant-es de l’ENS et l’INSA Lyon.
La question de la hausse des droits d’inscription à l’Université prend une nouvelle importance dans la perspective de la présidentielle de 2027. Les gouvernements Macron ont normalisé des droits de plusieurs milliers d’euros, avec la « différentiation » des droits d’inscription pour les étudiants étrangers (programme « Bienvenue en France » à 2 850 euros par an en licence et 3 879 euros en master) et avec la subvention massive des nouveaux établissements d’enseignement supérieur à but lucratif (8 800€ par an en moyenne) via le financement de l’apprentissage (+11 milliards d’euros depuis 2020 selon l’Inspection générale des finances). Plusieurs écoles d’ingénieurs publiques ont annoncé une hausse (groupes INT et Centrale, jusqu’à 4 5000 €) ou l’envisagent (universités de Technologie, jusqu’à 5 000 €). Ils ont également mis en déficit les universités, qui auraient constituée des réserves (fonds de roulement) trop importantes. D’où une critique paradoxale : en 2026, les universités devraient chercher des financements (les fonds propres, en particulier les droits d’inscription) pour compléter la subvention publique insuffisante alors même… qu’elles ont trop d’argent en réserve !
Les libéraux préparent leurs arguments en faveur de la hausse depuis 20 ans, tout comme une propagande trompeuse (voir les MacronLeaks qui l’ont mis au jour, mensuel n°659). Listons les pour les débunker[1].
« Il est juste d’augmenter les droits d’inscription puisque ce sont les riches qui vont à l’université »
C’est le premier argument en faveur de l’augmentation des frais de scolarité, sans doute le plus fort : l’accès gratuit (ou presque) à l’université est « anti-redistributif » puisque les étudiant·e·s sont principalement issus des classes sociales favorisées. Donc faire payer l’Université, ce serait faire payer les riches.
Oui, l’accès à l’enseignement supérieur est inégalitaire, d’un point de vue social, mais aussi en termes de genre ou de race. Mais augmenter les frais de scolarité renforcerait les inégalités plutôt que de les combattre, en ajoutant une barrière économique à la ségrégation déjà existante. D’autant que cet argument arrive à contretemps. C’est justement après une massification sans précédent de l’accès au supérieur, dans les années 1990 et à nouveau dans les années 2010, que les classes populaires, les femmes et les racisé-e-s ont pu accéder – de manière moins marginale qu’auparavant – au supérieur. La proportion d’enfants d’ouvriers accédant à l’Université est passé de 14,6% en 1985 à 50% en 2025. Finalement, l’argument de l’anti-redistribution n’a jamais été aussi faux.
Surtout, cette présentation fait mine d’ignorer que l’Université a déjà un coût, assumé par la fiscalité. Le financement d’une Université gratuite pour les étudiantes, est donc bien redistributif, puisque ce sont les contribuables qui payent. Le mode actuel de financement est donc aussi juste que le système fiscal. C’est-à-dire pas assez (puisque le premier impôt est la TVA, qu’E. Macron a supprimé l’impôt sur la fortune, etc.) mais bien plus qu’un financement par les frais d’inscription. En effet, avec les frais d’inscription, les contribuables aisés ne vont payer que pour leur(s) propre(s) enfant(s), alors qu’aujourd’hui par les impôts ils payent l’équivalent de plusieurs familles. Le financement actuel, sans frais d’inscription est donc redistributif, il l’est de plus en plus à mesure que les classes populaires accèdent à l’enseignement supérieur, et il le serait encore plus si les impôts étaient plus justes (en augmentant l’impôt sur le revenu pour réduire la TVA et la CSG par exemple).
« Mais des droits d’inscription progressifs, plus chers pour les étudiant-es riches, c’est forcément redistributif ! »
Pour faire passer le principe de la hausse, des établissements ne l’appliquent dans un premier temps que pour les étudiant-es les plus riches, avec des droits d’inscription plus modérés pour les classes moyennes. Mais ensuite, toute l’échelle des droits d’inscription se déplace, vers le haut : à Sciences Po, le plafond annuel est ainsi passé de 4 000 € en 2004, à 14 720 € en Bachelor (3 premières années) et 20 380 € en Master, en 2025. Et ce sont donc désormais les petites classes moyennes qui doivent payer 4 000 €. La part d’enfants d’origine favorisée est d’ailleurs passée à Sciences Po de 58% en 2005 à plus de deux tiers aujourd’hui.
Ces droits d’inscription progressifs sont une prime à la sécession scolaire. C’est encore pire que des droits d’inscription identiques pour tout le monde : plus l’établissement est socialement ségrégatif, plus il peut collecter des frais d’inscription élevés. C’est donc un comble de présenter ces mécanismes comme redistributifs au prétexte qu’une fraction des montants collectés iraient financer des (petits) dispositifs d’ouverture sociale.
Pour les établissements qui prennent réellement en charge l’accès des classes populaires à l’enseignement supérieur, les frais d’inscription ne peuvent rien apporter de significatif, puisqu’une majorité d’étudiant-es y sont boursi-ères. Certains voudraient imaginer des mécanismes de redistribution des établissements des beaux quartiers vers les universités populaires : une usine à gaz pour faire en moins bien la même chose que le système fiscal !
« Augmenter les droits d’inscription, c’est plus de moyens pour l’éducation »
Quand les droits d’inscription augmentent, l’Etat se désengage. C’est ce que montre les exemples Australien et Britannique, où la subvention publique des universités a été remplacé par une hausse des droits d’inscription permise par des prêts garantis par l’Etat pour les étudiant-es. Il n’y a donc pas plus d’argent pour le système universitaire, mais une concurrence entre universités pour collecter les droits d’inscription.
Cette concurrence détourne une importante partie des financements de la qualité de l’enseignement supérieur : ce sont les dépenses para-académiques qui explosent avec les frais de scolarité : publicité, initiatives de prestige, recrutement de chercheurs médiatiques, équipements sportifs luxueux. Ces dépenses visent plus à gagner en visibilité et à monter dans les classements qu’à améliorer la qualité de l’enseignement pour le plus grand nombre. Les classements ont alors un effet performatif : plus une université monte dans le classement, plus elle peut augmenter des droits d’inscription, donc obtenir de nouveaux moyens pour des dépenses de prestige. Et réciproquement, les établissements moins bien classés sont entrainés dans une spirale négative. On débouche sur un système universitaire à deux vitesses, aux Etats-Unis mais aussi au Chili ou au Brésil, avec quelques grandes universités prestigieuses hors de prix et un vaste marché universitaire bas de gamme pour les autres.
Finalement, ce n’est pas la qualité de l’éducation mais son coût qui explose avec les réformes néolibérales : l’enseignement supérieur en France coûte 2 fois moins en moyenne qu’en Angleterre, 3 fois moins qu’aux Etats-Unis, selon les données de l’OCDE. Pour avoir de bonnes conditions d’étude pour tou-tes les étudiant-es, et de bonnes conditions de travail pour les personnels, il suffirait de 8 milliards d’euro selon le Snesup, soit une augmentation de 40% du coût moyen par étudiant-e, ce qui resterait moitié moins qu’aux Etats-Unis.
« Tout le monde peut payer grâce au prêt à remboursement conditionnel (ou contingent, ou proportionnel au revenu) »
Pour rendre acceptable des frais élevés, les gouvernements instaurent des prêts accompagnés de réduction voire d’annulation (après 20 ou 30 ans) en cas d’accident sur le marché du travail : le ou la diplômé·e rembourse en fonction de son revenu. En cas de chômage ou de bas revenu, le remboursement est repoussé ou réduit, voire annulé au-delà d’une certaine durée.
Ce mécanisme, censé combattre « l’aversion à l’endettement », c’est-à-dire lever les réticences à contracter un prêt étudiant, est en pratique d’une rare violence : si jamais après avoir perdu son emploi, avoir été expulsé de son logement, vécu dans la précarité, un·e chômeur·se diplômé·e retrouve un revenu décent, il retrouvera automatiquement sa dette étudiante.
Evidemment, les banques privées ne sont pas disposées à prendre ce type de risque, et c’est l’État qui doit l’assurer, tout en laissant les bénéfices aux établissements financiers. Le coût public de cette assurance peut s’avérer colossal, au point d’être comparable aux frais de scolarité eux-mêmes d’après les travaux sur la dette étudiante anglaise.
Le principal avantage réel du recours à l’emprunt est d’accroître le nombre de client·e·s – pardon d’étudiant·e·s ! – capables de payer et de réduire la barrière psychologique en présentant les traites mensuelles plutôt que le coût global (comme dans les publicités automobiles : une nouvelle voiture pour 500€… par mois). On étend ainsi la financiarisation de l’économie, après l’immobilier, l’automobile et la consommation, à un nouveau secteur : l’enseignement supérieur.
« Si c’est payant, les étudiant-es feront plus d’effort »
Cet argument suppose que ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Il repose sur la théorie économique néolibérale de l’agent rationnel, qui voit l’éducation comme la production du capital humain. Motivé-e par la valorisation de son capital humain, les étudiant-es travailleraient enfin sérieusement.
Cet argument ne repose que sur l’idéologie. Dès qu’on prend des exemples concrets, il s’effondre : les classes préparatoires sont gratuites, et notoirement exigeantes ; rien n’indique au contraire que ce soit dans les écoles de commerce que les études sont le plus intense. Plusieurs études scientifiques ont cherché à établir empiriquement des preuves de cet effet de la hausse des droits d’inscription sur les efforts des étudiant-es, en vain. Par contre, aux Etats-Unis comme dans le privé lucratif en France, de nombreux exemples montrent que la fraude se développe avec les enjeux financiers.
[1] Une première version de cet article a été publiée par Contretemps.eu en 2018.
Avec la hausse des droits d’inscription, les effets de toutes les inégalités de la société
sont renforcés dans l’enseignement supérieur. Bien sûr, un service parfaitement
public et totalement gratuit ne suffirait pas à rendre les établissements imperméables
aux inégalités et aux dominations, mais l’introduction d’une logique économique,
quasi marchande, rend le lien beaucoup plus direct et mécanique.
Par HUGO HARARI-KERMADEC, membre du bureau national du Snesup-FSU, pour le mensuel du syndicat de novembre 2025 consacré aux droits d’inscription
La logique du capital humain justifie la hausse des droits d’inscription par le rendement individuel des études supérieures : les diplômés ont un meilleur salaire que les non-diplômés, ils peuvent donc payer pour les études qui leur donnent cet avantage sur le marché du travail. Mais c’est bien moins vrai pour les diplômées : le patriarcat reste très prégnant sur l’emploi et le salaire ; les hommes gagnent un tiers de plus que les femmes : il y a plus d’hommes sur le marché du travail (93 % contre 86 %), et bien plus souvent à temps plein (78 % des temps partiels sont assurés par des femmes). À temps de travail égal, le salaire horaire est 15 % plus faible pour les femmes. Cet écart ne diminue plus : la dynamique de rattrapage, forte dans la seconde partie du XXe siècle, s’est essoufflée. Alors même que les femmes font désormais plus d’études que les hommes.
En augmentant les droits d’inscription, on importe toutes ces inégalités dans le supérieur. Vus comme un investissement en capital humain, les droits d’inscription sont effectivement une bien moins bonne affaire pour les femmes que pour les hommes. Les économistes mainstream présentent les éventuelles inégalités comme des questions individuelles, ici la misogynie d’un employeur, là le manque d’ambition des femmes. Mais on comprend bien le caractère structurel, massif, de la domination masculine si l’on pense à la répartition genrée suivant les disciplines et les établissements. Il n’y a que 17 % de femmes à Polytechnique, et le reste des écoles d’ingénieurs ne fait pas mieux. Mais elles sont 60 % à l’université, et même 71 % en langues, lettres et sciences humaines. Même dans les filières paritaires (santé : 67 % ; droit, économie : 63 % ; gestion : 52 %), des effets de genre se produisent ; d’une part, parce que femmes et hommes se spécialisent différemment (chirurgie vs pédiatrie, droit des affaires vs droit de la famille, etc.), reproduisant le même mécanisme à l’échelle intradisciplinaire.
Évidemment, il n’y a rien de naturel ou de biologique à ce que les maths soient masculines et les langues féminines. Mais la logique de marchandisation s’appuie sur ces différenciations genrées et les renforcent, les logiques de domination économiques et patriarcales vont de pair: lorsqu’un secteur se valorise, comme l’informatique, il a tendance à se masculiniser ; lorsqu’un secteur se féminise, comme l’éducation, il se dévalorise. Les droits d’inscription importent ces dynamiques du marché du travail vers les études et viennent matérialiser ces écarts, en donnant plus de moyens dans des filières plus masculines, qui presseront ensuite à la hausse les salaires dans les métiers masculins, accroissant encore les écarts. Et ne laisseront que des financements minimaux aux filières féminines, avec une grosse pression à la baisse sur les capacités d’accueil. Les fermetures de formation dans les établissements britanniques et ailleurs le montrent bien.
La causalité marche aussi dans l’autre sens, des études vers l’emploi. Ainsi, en Australie, pays précurseur de la hausse généralisée des droits d’inscription et de l’endettement étudiant qui l’accompagne, de nombreuses femmes diplômées de médecine ont financièrement intérêt à ne pas exercer comme médecin. En effet, il y a un revenu minimal en dessous duquel la dette étudiante, très élevée dans cette discipline, n’a pas à être remboursée. Il est donc plus rentable d’être femme au foyer d’un médecin (probablement rencontré pendant les études) que de toucher un deuxième revenu dans le couple, qui entraînerait le remboursement d’un deuxième prêt étudiant. C’est un peu le même mécanisme qui pousse en France à ce que le congé parental soit toujours pris par le conjoint au revenu le plus faible, très souvent une femme dans les couples hétérosexuels.
Le financement, même partiel, de l’enseignement supérieur par les droits d’inscription mène donc à une ségrégation sociale et genrée accrue, avec une réduction des moyens dans les établissements petits et moyens (surtout en 1er cycle) et les filières (humanités, SHS) qui sont à la fois les plus populaires et les plus féminines.
Pour aller plus loin, consultez le dossier du mensuel du Snesup FSU consacré aux droits d’inscription
Tribune dans Libération du 1er juillet 2025 de David Flacher, université de technologie de Compiègne (UTC) et Hugo Harari-Kermadec, université d’Orléans
Jamais l’offensive visant à instaurer des frais d’inscription n’aura été d’une telle ampleur. Que le très libéral Institut Montaigne nous sorte sa sempiternelle rengaine sur le sujet dans un rapport de mai 2025 n’est pas une surprise. Néanmoins, le fait que son rapport soit rédigé par Eric Labaye, ancien président de l’Ecole polytechnique, en dit long de la pénétration de cette doxa, au cœur des institutions publiques.
Nous savions que Sciences Po ou Dauphine avaient progressivement augmenté leurs frais d’inscription en les faisant dépendre du revenu : à Sciences Po, le plafond annuel est ainsi passé de 4 000 € en 2004, à 14 720 € en Bachelor (3 premières années) et 20 380 € en Master, en 2025. Nous savions également que les autres IEP avaient suivi (4 359 € à Strasbourg, 6 615 € à Bordeaux, 6 400 € à Lille et 8 200 € à Rennes), de même que des grandes écoles d’ingénieurs (3 200 € à Télécom Paris, 3 500 € à CentraleSupélec (5 900 € pour les élèves non-européens), 4 150 € aux Mines de Paris (6 350 € pour les non-européens), jusqu’à 27 900 € dans certaines formations communes à Polytechnique et HEC, etc.).
Ce qui est nouveau, dans la période récente, c’est la quasi simultanéité et la diversité des prises de position favorables à l’instauration de frais d’inscription. Pendant le seul mois de juin 2025 : les réseaux Insa et Polytech ont annoncé leur soutien à une augmentation et à une modulation des frais d’inscription, la Conférence des directeurs et directrices des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi) et un rapport de la commission des finances du Sénat ont été dans le même sens, tandis que les écoles normales supérieures doublent leurs frais d’inscription. Et cette liste est loin d’être exhaustive !
Cette concomitance n’est pas le fruit du hasard. Elle est à la conjonction de deux logiques entremêlées : d’une part, le pouvoir en place cherche depuis longtemps à s’engager dans cette direction (les MacronLeaks, ces fuites issues la campagne de 2017 d’Emmanuel Macron, l’ont bien montré) en même temps qu’il craint la réaction des étudiants ; d’autre part, les réductions budgétaires (les 2/3 des universités sont en déficit fin 2024) poussent les établissements à chercher des ressources propres. Si les chefs d’établissement ne sont pas tous dupes (certains ont bien vu que les frais d’inscription donneront des opportunités à l’Etat pour continuer à se désengager), beaucoup se laissent abuser, à commencer par ceux qui sont à la tête des établissements les plus prestigieux. Ces derniers recrutent des populations plus aisées et susceptibles de payer des tarifs élevés, et ne sont pas contraints par le statut des universités. Le gouvernement pousse d’ailleurs celles-ci à passer au statut de « grand établissement » qui offre une grande liberté pour la fixation des prix.
Disons-le sans détour : les frais d’inscription sont une prime à la sécession scolaire. Plus l’établissement est socialement ségrégatif, plus il peut collecter des frais d’inscription élevés. C’est encore plus vrai quand les frais sont modulés suivant le revenu des parents, puisqu’ils peuvent alors monter très hauts pour les étudiants issus des ménages les plus favorisés. La part d’enfants d’origine favorisée est ainsi passée à Sciences Po de 58% en 2005 à plus de deux tiers aujourd’hui. C’est donc un comble de présenter ces mécanismes comme redistributifs au prétexte qu’une fraction des montants collectés iraient financer des (petits) dispositifs d’ouverture sociale. Pour les établissements qui prennent réellement en charge l’accès des classes populaires à l’enseignement supérieur, les frais d’inscription ne peuvent rien apporter de significatif.
Il faut le dire clairement : la seule manière de faire payer les études de manière juste et donc réellement progressive, assortie d’une péréquation nationale des dotations budgétaires… ne peut être qu’un impôt national progressif ! Les finances publiques ont par ailleurs été très fortement mobilisées ces dernières années pour subventionner l’apprentissage à hauteur de 16,8 milliards d’euros (Cour des comptes, 6 juillet 2023), soit l’équivalent de l’ensemble du financement accordé à l’enseignement supérieur et à la recherche universitaire (15,2 milliards en 2024). Or ces sommes ont largement été captées par des institutions privées à but lucratif, avec une régulation notoirement lacunaire. Un ménage est à faire dans ces énormes montants. Mais ils démontrent aussi qu’un enseignement public, gratuit, de qualité et mieux financé est non seulement souhaitable mais possible, à l’image ce que font les pays du Nord de l’Europe.
Comme beaucoup d’autres établissements d’enseignement supérieur, l’ENS Paris-Saclay a été mis en déficit par les différentes mesures du gouvernement en 2024 et 2025.
La présidence de l’école a choisi d’augmenter les frais d’inscription. Cette mesure est loin de combler le déficit mais permet de montrer une bonne volonté, voire une certaine servilité, vis-à-vis du gouvernement (le même qui est en réalité à l’origine du déficit).
Quelques éléments de contexte ont pu être rappelés le 28 avril 2025
Conferencia del ciclo UBA DIGITAL en la facultad de Economia de la Universidad de Buenos Aires, el 7 de abril 2025.
Los cambios técnicos conllevan relaciones de poder: trasforman lo que se enseña, y porque, al mismo tiempo que como se enseña. Los cambios en las ultimas décadas en Francia, apoyados en indicadores cuantitativos y plataformas de selección y gestión, segmentaron al sistema universitario.
Animation d’un atelier de formation interne à l’Université d’Orléans, le 9 décembre 2024. On analyse notamment la différentiation des publics suivants les composantes et les sites de l’Université d’Orléans.
Pour comparaison, on trouvera à la suite l’analyse de l’Université de Tours (octobre 2024)
Présentation support d’une formation à destination des syndicalistes enseignant-es du SNUipp – FSU le 20 novembre 2024.
Conférence organisée par l’association Cercle à AgroParisTech le 24 janvier 2023.
Historical materialism congres, London, november 2022. Communication of Hugo Harari-Kermadec
The French higher education system, as many other in Europe, have been facing major transformations during the last decades. Across the XXth century, its main purpose was to provide higher education in all parts of France, in a context of massification of the student population. The rhetoric of excellence (Musselin, 2017) in training and research has gradually prevailed, embodied in the race for international university rankings (Harari-Kermadec, 2019).
These rankings are mobilized by the public authorities to present as external, global, a trend of competition and commercialization. The number of students in international migration is growing exponentially, and French institutions must do better on this export market. French institutions were not ranked as high as they should, and universities were stuck in a crisis of bachelor completion rate (Bodin & Orange, 2013). These arguments have been used as justification for the development of competitive grants for research and for university mergers, the so called “excellence” policies from 2010 onwards. They were also put forward by the first Macron government to multiply by 16 the registration fees – for foreign students only – with the “Welcome to France” plan in 2019.
Nevertheless, French universities remain public institution funded on block grants and the vast majority of students pay no or low tuition fees (a few hundred euros). What dynamics result from this contradiction? We defend that it results in a differentiation dynamic (Rikap & Harari-Kermadec, 2020), with elements of polarization of student populations (between institutions but also within each university) and various stages of commodification of academic labor.
We use student enrollment data on the last decade to study the reorganization of the French higher education, historically divided between free, public and open access universities and elite Grandes Ecoles, pioneer in the rise of tuition fees. The “excellence” policies distinguish a few institutions, results of mergers of universities and Grandes Ecoles, much better funded and designed to climb the international rankings. They keep the name “university” but are legally defined by a experimental status (reducing the traditional academic collegiality) and would be better described as very Grandes Ecoles. Their student population present indeed elitist social properties (social origin, parents income, high school achievements). This trend is even more pronounced if we focus on the graduate programs (Blanchard et al., 2020). On the other hand, the majority of universities, situated in medium-sized cities or suburbs (Chareyron et al, 2022), assume most of the public service of providing higher education for an increasing number of students from lower classes, with reduced funding.
Commodification is then a differentiated process. On the top of the system, world elite research is directly connected with global corporations, and expensive graduate programs are offered on the global market. On the bottom, for profit institutions offer expensive higher education to medium and lower classes students, taking advantage of the poor learning conditions in the lower tier of public universities. Finally, some very elitist institutions, as Sciences Po and Ecole Polytechnique, have been able to preserve their privileged position as traditional Grandes Ecoles to be exempted from the mergers while rising sharply tuitions fees and foreign student enrollment.
Colloque Crise(s) en éducation et en formation, novembre 2022. Intervention d’Hugo Harari-Kermadec
Depuis deux décennies, les transformations du système universitaire public sont nombreuses et profondes. Si la disponibilité pour tou·tes et partout d’un service public d’enseignement supérieur était au cœur des préoccupations dans la deuxième moitié du XXe siècle, au cours des années 2000 la rhétorique de l’excellence des formations et de la recherche s’y est progressivement substituée (Musselin, 2017), incarnée par la course aux classements universitaires internationaux (Harari-Kermadec, 2019). Le système universitaire doit cependant, dans le même temps, faire face à une augmentation continue et soutenue du nombre d’étudiant·es, qui a doublé depuis 1980. Depuis 2008, la dépense moyenne par étudiant·e à l’université recule.
Ces tendances contradictoires produisent une polarisation sociale du système universitaire (Avouac et Harari-Kermadec, 2021) : à côté de quelques universités de rang mondial, situées dans les plus grandes métropoles qui concentrent les financements dits « compétitifs » et attirent les étudiant·es les plus favorisés, et, d’autre part, des universités de « second rang », qui assurent l’accès aux études supérieures à une population plus populaire sur le reste du territoire (Chareyron et al., 2022). Une seconde polarisation, interne, distingue les masters et les licences sélectives, d’une part, des licences traditionnelles et des IUT, d’autres part. Alors qu’une partie, très visible, de l’enseignement supérieur prospère, le reste est « mis en crise », non plus dans la seule communication gouvernementale (Bodin et Orange, 2013) mais bien matériellement, au sens où les moyens mis à sa disposition et les missions qui lui sont confiées suivent des trajectoires inverses.
Cette polarisation multiscalaire s’articule de plus avec les hausses de frais d’inscription ciblées établissement par établissement, formation par formation, et même suivant le profil des étudiant·es (extra-européen·nes ou non ; en formation initiale ou continue). Certaines parties de l’offre éducative publique sont valorisées par les labels d’excellence et valorisables pour les établissements par les importants frais qu’elles permettent de collecter ; à d’autres endroits au contraire, son délabrement ouvre un espace pour une offre marchande alternative.
Cette communication propose de mettre en lumière cette polarisation de l’enseignement supérieur français à partir d’une analyse quantitative des populations étudiantes (analyse en composantes principales à partir des bases SISE du ministère de l’enseignement supérieur). Les propriétés sociales et scolaires des populations étudiantes pourront alors être mises en regard des caractéristiques des établissements (lauréat de financements d’excellence, classements internationaux, localisation géographique) ou des formations (cycle, discipline) concernées.
Article de David Flacher et Hugo Harari-Kermadec publié par The Conversation le 18 octobre 2022.
Le système de bourse est à bout de souffle, avec une redistribution assez limitée et en réduction. L’article revient sur les principaux enjeux économiques et démographiques, chiffres à l’appui, avant de proposer une refonte complète permettant la mise en place d’une allocation d’autonomie.
Présentation de Gilles Martinet et Hugo Harari-Kermadec lors du colloque sur les données de l’action publique le 18 octobre 2022.
Les intervenants présentent la polarisation de l’enseignement supérieur français depuis le milieu des années 2000 et étudient le rôle des mobilités lors de la transition secondaire/supérieur dans l’accroissement des inégalités.
Séminaire AEF du 11 mars 2021
À l’occasion de la publication d’un dossier spécial consacré à la LPR par la Revue française de pédagogie, trois chercheurs analysent les évolutions du métier d’enseignant-chercheur – et plus largement des métiers de la recherche – à l’aune des réformes des 20 dernières années et plus spécifiquement de la loi de programmation de la recherche. Echangez avec :
Ce webinaire est organisé en partenariat avec Revue française de pédagogie, ENS Éditions et The Conversation.
Cette page regroupe les supports de plusieurs interventions à propos de la LPPR, centrée autour de ces effets aggravants sur les inégalités sociales dans l’enseignement supérieur. La LPPR prévoit en effet de renforcer l’allocation des moyens suivant l’excellence et l’évaluation quantitative de la recherche, concentrant radicalement les financements dans quelques établissements. Or les populations étudiantes de ces établissements se révèlent très favorisés.
Suivant le lieu d’intervention, on y trouve des graphiques présentant le paysage local de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Les budgets annoncés par la LPPR se révèlent par ailleurs très limités (et incertains), et même en régression si l’on tient en compte l’inflation et le GVT (glissement vieillesse technicité).
