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Augmenter les frais d’inscriptions à l’université, une fausse solution à un vrai problème

Tribune publiée dans Libération le 14 août 2026 par David Flacher et Hugo Harari-Kermadec.

 

Le débat sur les frais d’inscription dans l’enseignement supérieur refait surface avec virulence depuis le printemps. Le ministre, Philippe Baptiste, cherche à placer ce sujet au cœur de la prochaine présidentielle, tout en forçant la main des universités pour qu’elles s’engagent dès maintenant dans cette voie.

Par décret, celui-ci vient de forcer les universités à appliquer plus systématiquement des droits d’inscription différenciés (2 902 € en licence et 3 950 € en master pour les étudiants extra-communautaires, contre 178 € et 255 € pour les autres étudiants). Le gouvernement a également lancé des « Assises du financement des universités » qui ont abouti, en juin, à des conclusions conformes à l’idéologie de ses commanditaires : les universités doivent davantage s’auto-financer, en se tournant notamment vers les étudiants. Une augmentation des frais d’inscription de 400% est prônée, afin qu’ils représentent 10% des recettes contre 2,7% aujourd’hui.

Pour comprendre l’indigence de ces conclusions, il est indispensable de dépasser l’apparent « bon sens » que convoque un tel rapport dont le raisonnement peut se résumer ainsi : l’université a besoin d’argent ; l’Etat n’en a plus ; les familles les plus aisés et les étrangers peuvent contribuer davantage, ce qui permettra de financer le système tout en soutenant (mieux) les étudiants les plus modestes.

La logique semble implacable. Elle est pourtant erronée globalement et dans le détail. Oui, l’université est très sous-dotée : il faudrait dégager 5 à 6 milliards d’euros pour aligner la dépense en licence à celle en classes préparatoires. Or l’Etat a augmenté sa dépense de plus de 10 milliards d’euros en année pleine depuis 2018 pour développer l’apprentissage, une dépense qui a avant tout profité au développement massif des acteurs privés lucratifs, sans effet clair sur l’insertion professionnelle. L’argent est bien disponible : le choix de paupériser les universités est essentiellement un choix politique et non budgétaire.

Mais avant tout, il est illusoire de penser que la contribution des étudiants permettrait de financier – ou de mieux financer – l’enseignement supérieur.

D’abord, ce sont les universités les plus prestigieuses qui attirent les populations les plus favorisées, en mesure de payer davantage. Ce sont ces universités, et elles seules, qui peuvent espérer bénéficier de la manne des frais d’inscription. S’en suivrait donc un renforcement des inégalités entre universités. Ensuite, les expériences à l’étranger montrent que les frais d’inscription conduisent à des impasses. En Angleterre, on a observé ce cercle vicieux : le désengagement financier de l’Etat a réduit les ressources des universités à mesure que les tarifs augmentaient pour tenter de le compenser. Les licences, qui y étaient gratuites, ont vu leurs tarifs s’accroître : de 1000 £ en 1997 à 9 790 £ aujourd’hui, et souvent bien plus en master et pour les étrangers. De surcroît, les coûts associés à cette stratégie ont grignotés une partie des gains espérés pour les formations : marketing, frais de gestion, embauche de quelques stars académiques à prix d’or… Enfin, la généralisation de prêts étudiants (dont les remboursements, dits « conditionnels », interviennent après les études et sont suspendus lorsque le revenu du diplômé est inférieur à un certain seuil) a surtout bénéficié aux acteurs financiers tandis que le coût pour les pouvoirs publics a largement amputé les économies attendues en subventions directes aux universités.

En termes de justice sociale également, le débat public ne manque pas de fausses bonnes idées : certains prônent des tarifs dépendant des revenus des parents, avec une péréquation nationale (l’université Dauphine, qui bénéficie d’une population très favorisée, pourrait ainsi contribuer à un fonds national pour aider d’autres universités moins bien dotées) ; d’autres estiment que les frais payés par les uns permettront de créer des bourses pour les autres ou que l’Etat reverra son système de bourses pour que les frais d’inscription n’empêchent pas les plus modestes de faire des études. Des usines à gaz qui font mines d’ignorer les rapports de pouvoir : toutes les réformes des 20 dernières années ont concentré les moyens sur quelques « champions nationaux ». Là encore, le précédent anglais est parlant : le système de bourses introduit en 1998 pour les plus modestes (maintenance grants) en contrepartie de la hausse des frais d’inscription a disparu en 2016, et les frais d’inscription ont continué d’augmenter.

Malgré des frais d’inscription pouvant dépasser 40 000 £ en master, le système universitaire anglais est aujourd’hui exsangue et les étudiants surendettés. Selon les scenarii de l’Office for Students[1] (2026), entre 58% et 70% des établissements anglais pourraient être en déficit l’an prochain. Toutes les universités, y compris les plus prestigieuses peinent à se financer : en 2024, selon The Guardian[2], 4000 postes ont été supprimés en sciences sociales, humanités, arts ou encore en droit. Des déserts éducatifs apparaissent dans certaines régions du pays. Pas moins de 1000 postes supplémentaires sont menacés dans des universités aussi prestigieuses que celles d’Exeter, de Nottingham, d’Edinburgh ou de Glasgow. Les grands gagnants de la transformation du modèle anglais ne sont ni les étudiants, ni les universités, ni les finances publiques, mais les acteurs financiers et les entreprises de conseil[3].

C’est pourtant dans une voie similaire que veut nous engager le gouvernement. En dépit de la multiplication par 15 des frais d’inscription pour les étrangers extra-communautaires et de la hausse importante des frais d’inscription dans de nombreuses écoles d’ingénieur publiques, après le développement massif du secteur privé, gavé des nouvelles aides à l’apprentissage, la pression à la hausse des frais d’inscription ne répond pas à un enjeu budgétaire mais politique : celui d’un développement croissant des acteurs privés de l’enseignement supérieur et de la finance, au détriment du service public de l’éducation. Augmenter les tarifs du public pour solvabiliser encore plus l’enseignement supérieur privé. Augmenter les tarifs pour développer la dette étudiante et favoriser le secteur financier. Si les étudiants, les universités et les citoyens ne résistent pas à cette énième attaque, si les universités se laissent aveugler par le mirage de recettes supposées combler un sous-financement structurel entretenu par l’État, il ne fait pas de doute que l’enseignement supérieur public français connaîtra un naufrage comparable à celui du système universitaire anglais.

[1] https://www.officeforstudents.org.uk/publications/financial-sustainability-of-higher-education-providers-in-england-2026/

[2] https://www.theguardian.com/education/2026/jul/14/university-job-cuts-humanities-social-sciences

[3] https://breachmedia.ca/a-notorious-consulting-firm-is-selling-austerity-canadas-universities-are-buying/

Hausse des droits d’inscription : de vrais arguments ?

La question de la hausse des droits d’inscription à l’Université prend une nouvelle importance dans la perspective de la présidentielle de 2027. Les gouvernements Macron ont normalisé des droits de plusieurs milliers d’euros, avec la « différentiation » des droits d’inscription pour les étudiants étrangers (programme « Bienvenue en France » à  2 850 euros par an en licence et 3 879 euros en master) et avec la subvention massive des nouveaux établissements d’enseignement supérieur à but lucratif (8 800€ par an en moyenne) via le financement de l’apprentissage (+11 milliards d’euros depuis 2020 selon l’Inspection générale des finances). Plusieurs écoles d’ingénieurs publiques ont annoncé une hausse (groupes INT et Centrale, jusqu’à 4 5000 €) ou l’envisagent (universités de Technologie, jusqu’à 5 000 €). Ils ont également mis en déficit les universités, qui auraient constituée des réserves (fonds de roulement) trop importantes. D’où une critique paradoxale : en 2026, les universités devraient chercher des financements (les fonds propres, en particulier les droits d’inscription) pour compléter la subvention publique insuffisante alors même… qu’elles ont trop d’argent en réserve !

Les libéraux préparent leurs arguments en faveur de la hausse depuis 20 ans, tout comme une propagande trompeuse (voir les MacronLeaks qui l’ont mis au jour, mensuel n°659). Listons les pour les débunker[1].

 

« Il est juste d’augmenter les droits d’inscription puisque ce sont les riches qui vont à l’université »

C’est le premier argument en faveur de l’augmentation des frais de scolarité, sans doute le plus fort : l’accès gratuit (ou presque) à l’université est « anti-redistributif » puisque les étudiant·e·s sont principalement issus des classes sociales favorisées. Donc faire payer l’Université, ce serait faire payer les riches.

Oui, l’accès à l’enseignement supérieur est inégalitaire, d’un point de vue social, mais aussi en termes de genre ou de race. Mais augmenter les frais de scolarité renforcerait les inégalités plutôt que de les combattre, en ajoutant une barrière économique à la ségrégation déjà existante. D’autant que cet argument arrive à contretemps. C’est justement après une massification sans précédent de l’accès au supérieur, dans les années 1990 et à nouveau dans les années 2010, que les classes populaires, les femmes et les racisé-e-s ont pu accéder – de manière moins marginale qu’auparavant – au supérieur. La proportion d’enfants d’ouvriers accédant à l’Université est passé de 14,6% en 1985 à 50% en 2025. Finalement, l’argument de l’anti-redistribution n’a jamais été aussi faux.

 

Surtout, cette présentation fait mine d’ignorer que l’Université a déjà un coût, assumé par la fiscalité. Le financement d’une Université gratuite pour les étudiantes, est donc bien redistributif, puisque ce sont les contribuables qui payent. Le mode actuel de financement est donc aussi juste que le système fiscal. C’est-à-dire pas assez (puisque le premier impôt est la TVA, qu’E. Macron a supprimé l’impôt sur la fortune, etc.) mais bien plus qu’un financement par les frais d’inscription. En effet, avec les frais d’inscription, les contribuables aisés ne vont payer que pour leur(s) propre(s) enfant(s), alors qu’aujourd’hui par les impôts ils payent l’équivalent de plusieurs familles. Le financement actuel, sans frais d’inscription est donc redistributif, il l’est de plus en plus à mesure que les classes populaires accèdent à l’enseignement supérieur, et il le serait encore plus si les impôts étaient plus justes (en augmentant l’impôt sur le revenu pour réduire la TVA et la CSG par exemple).

 

« Mais des droits d’inscription progressifs, plus chers pour les étudiant-es riches, c’est forcément redistributif ! »

Pour faire passer le principe de la hausse, des établissements ne l’appliquent dans un premier temps que pour les étudiant-es les plus riches, avec des droits d’inscription plus modérés pour les classes moyennes. Mais ensuite, toute l’échelle des droits d’inscription se déplace, vers le haut : à Sciences Po, le plafond annuel est ainsi passé de 4 000 € en 2004, à 14 720 € en Bachelor (3 premières années) et 20 380 € en Master, en 2025. Et ce sont donc désormais les petites classes moyennes qui doivent payer 4 000 €. La part d’enfants d’origine favorisée est d’ailleurs passée à Sciences Po de 58% en 2005 à plus de deux tiers aujourd’hui.

Ces droits d’inscription progressifs sont une prime à la sécession scolaire. C’est encore pire que des droits d’inscription identiques pour tout le monde : plus l’établissement est socialement ségrégatif, plus il peut collecter des frais d’inscription élevés. C’est donc un comble de présenter ces mécanismes comme redistributifs au prétexte qu’une fraction des montants collectés iraient financer des (petits) dispositifs d’ouverture sociale.

Pour les établissements qui prennent réellement en charge l’accès des classes populaires à l’enseignement supérieur, les frais d’inscription ne peuvent rien apporter de significatif, puisqu’une majorité d’étudiant-es y sont boursi-ères. Certains voudraient imaginer des mécanismes de redistribution des établissements des beaux quartiers vers les universités populaires : une usine à gaz pour faire en moins bien la même chose que le système fiscal !

 

 

« Augmenter les droits d’inscription, c’est plus de moyens pour l’éducation »

Quand les droits d’inscription augmentent, l’Etat se désengage. C’est ce que montre les exemples Australien et Britannique, où la subvention publique des universités a été remplacé par une hausse des droits d’inscription permise par des prêts garantis par l’Etat pour les étudiant-es. Il n’y a donc pas plus d’argent pour le système universitaire, mais une concurrence entre universités pour collecter les droits d’inscription.

Cette concurrence détourne une importante partie des financements de la qualité de l’enseignement supérieur :  ce sont les dépenses para-académiques qui explosent avec les frais de scolarité : publicité, initiatives de prestige, recrutement de chercheurs médiatiques, équipements sportifs luxueux. Ces dépenses visent plus à gagner en visibilité et à monter dans les classements qu’à améliorer la qualité de l’enseignement pour le plus grand nombre. Les classements ont alors un effet performatif : plus une université monte dans le classement, plus elle peut augmenter des droits d’inscription, donc obtenir de nouveaux moyens pour des dépenses de prestige. Et réciproquement, les établissements moins bien classés sont entrainés dans une spirale négative. On débouche sur un système universitaire à deux vitesses, aux Etats-Unis mais aussi au Chili ou au Brésil, avec quelques grandes universités prestigieuses hors de prix et un vaste marché universitaire bas de gamme pour les autres.

Finalement, ce n’est pas la qualité de l’éducation mais son coût qui explose avec les réformes néolibérales : l’enseignement supérieur en France coûte 2 fois moins en moyenne qu’en Angleterre, 3 fois moins qu’aux Etats-Unis, selon les données de l’OCDE. Pour avoir de bonnes conditions d’étude pour tou-tes les étudiant-es, et de bonnes conditions de travail pour les personnels, il suffirait de 8 milliards d’euro selon le Snesup, soit une augmentation de 40% du coût moyen par étudiant-e, ce qui resterait moitié moins qu’aux Etats-Unis. 

 

« Tout le monde peut payer grâce au prêt à remboursement conditionnel (ou contingent, ou proportionnel au revenu) »

Pour rendre acceptable des frais élevés, les gouvernements instaurent des prêts accompagnés de réduction voire d’annulation (après 20 ou 30 ans) en cas d’accident sur le marché du travail : le ou la diplômé·e rembourse en fonction de son revenu. En cas de chômage ou de bas revenu, le remboursement est repoussé ou réduit, voire annulé au-delà d’une certaine durée.

Ce mécanisme, censé combattre « l’aversion à l’endettement », c’est-à-dire lever les réticences à contracter un prêt étudiant, est en pratique d’une rare violence : si jamais après avoir perdu son emploi, avoir été expulsé de son logement, vécu dans la précarité, un·e chômeur·se diplômé·e retrouve un revenu décent, il retrouvera automatiquement sa dette étudiante.

Evidemment, les banques privées ne sont pas disposées à prendre ce type de risque, et c’est l’État qui doit l’assurer, tout en laissant les bénéfices aux établissements financiers. Le coût public de cette assurance peut s’avérer colossal, au point d’être comparable aux frais de scolarité eux-mêmes d’après les travaux sur la dette étudiante anglaise.

Le principal avantage réel du recours à l’emprunt est d’accroître le nombre de client·e·s – pardon d’étudiant·e·s ! – capables de payer et de réduire la barrière psychologique en présentant les traites mensuelles plutôt que le coût global (comme dans les publicités automobiles : une nouvelle voiture pour 500€… par mois). On étend ainsi la financiarisation de l’économie, après l’immobilier, l’automobile et la consommation, à un nouveau secteur : l’enseignement supérieur.

 

« Si c’est payant, les étudiant-es feront plus d’effort »

Cet argument suppose que ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Il repose sur la théorie économique néolibérale de l’agent rationnel, qui voit l’éducation comme la production du capital humain. Motivé-e par la valorisation de son capital humain, les étudiant-es travailleraient enfin  sérieusement.

Cet argument ne repose que sur l’idéologie. Dès qu’on prend des exemples concrets, il s’effondre : les classes préparatoires sont gratuites, et notoirement exigeantes ; rien n’indique au contraire que ce soit dans les écoles de commerce que les études sont le plus intense. Plusieurs études scientifiques ont cherché à établir empiriquement des preuves de cet effet de la hausse des droits d’inscription sur les efforts des étudiant-es, en vain. Par contre, aux Etats-Unis comme dans le privé lucratif en France, de nombreux exemples montrent que la fraude se développe avec les enjeux financiers.

 

 

[1] Une première version de cet article a été publiée par Contretemps.eu en 2018.

Les mécanismes patriarcaux des droits d’inscription

Avec la hausse des droits d’inscription, les effets de toutes les inégalités de la société
sont renforcés dans l’enseignement supérieur. Bien sûr, un service parfaitement
public et totalement gratuit ne suffirait pas à rendre les établissements imperméables
aux inégalités et aux dominations, mais l’introduction d’une logique économique,
quasi marchande, rend le lien beaucoup plus direct et mécanique.

Par HUGO HARARI-KERMADEC, membre du bureau national du Snesup-FSU, pour le mensuel du syndicat de novembre 2025 consacré aux droits d’inscription

La logique du capital humain justifie la hausse des droits d’inscription par le rendement individuel des études supérieures : les diplômés ont un meilleur salaire que les non-diplômés, ils peuvent donc payer pour les études qui leur donnent cet avantage sur le marché du travail. Mais c’est bien moins vrai pour les diplômées : le patriarcat reste très prégnant sur l’emploi et le salaire ; les hommes gagnent un tiers de plus que les femmes : il y a plus d’hommes sur le marché du travail (93 % contre 86 %), et bien plus souvent à temps plein (78 % des temps partiels sont assurés par des femmes). À temps de travail égal, le salaire horaire est 15 % plus faible pour les femmes. Cet écart ne diminue plus : la dynamique de rattrapage, forte dans la seconde partie du XXe siècle, s’est essoufflée. Alors même que les femmes font désormais plus d’études que les hommes.

CARACTÈRE STRUCTUREL

En augmentant les droits d’inscription, on importe toutes ces inégalités dans le supérieur. Vus comme un investissement en capital humain, les droits d’inscription sont effectivement une bien moins bonne affaire pour les femmes que pour les hommes. Les économistes mainstream présentent les éventuelles inégalités comme des questions individuelles, ici la misogynie d’un employeur, là le manque d’ambition des femmes. Mais on comprend bien le caractère structurel, massif, de la domination masculine si l’on pense à la répartition genrée suivant les disciplines et les établissements. Il n’y a que 17 % de femmes à Polytechnique, et le reste des écoles d’ingénieurs ne fait pas mieux. Mais elles sont 60 % à l’université, et même 71 % en langues, lettres et sciences humaines. Même dans les filières paritaires (santé : 67 % ; droit, économie : 63 % ; gestion : 52 %), des effets de genre se produisent ; d’une part, parce que femmes et hommes se spécialisent différemment (chirurgie vs pédiatrie, droit des affaires vs droit de la famille, etc.), reproduisant le même mécanisme à l’échelle intradisciplinaire.

Évidemment, il n’y a rien de naturel ou de biologique à ce que les maths soient masculines et les langues féminines. Mais la logique de marchandisation s’appuie sur ces différenciations genrées et les renforcent, les logiques de domination économiques et patriarcales vont de pair: lorsqu’un secteur se valorise, comme l’informatique, il a tendance à se masculiniser ; lorsqu’un secteur se féminise, comme l’éducation, il se dévalorise. Les droits d’inscription importent ces dynamiques du marché du travail vers les études et viennent matérialiser ces écarts, en donnant plus de moyens dans des filières plus masculines, qui presseront ensuite à la hausse les salaires dans les métiers masculins, accroissant encore les écarts. Et ne laisseront que des financements minimaux aux filières féminines, avec une grosse pression à la baisse sur les capacités d’accueil. Les fermetures de formation dans les établissements britanniques et ailleurs le montrent bien.

DETTE ÉTUDIANTE

La causalité marche aussi dans l’autre sens, des études vers l’emploi. Ainsi, en Australie, pays précurseur de la hausse généralisée des droits d’inscription et de l’endettement étudiant qui l’accompagne, de nombreuses femmes diplômées de médecine ont financièrement intérêt à ne pas exercer comme médecin. En effet, il y a un revenu minimal en dessous duquel la dette étudiante, très élevée dans cette discipline, n’a pas à être remboursée. Il est donc plus rentable d’être femme au foyer d’un médecin (probablement rencontré pendant les études) que de toucher un deuxième revenu dans le couple, qui entraînerait le remboursement d’un deuxième prêt étudiant. C’est un peu le même mécanisme qui pousse en France à ce que le congé parental soit toujours pris par le conjoint au revenu le plus faible, très souvent une femme dans les couples hétérosexuels.

Le financement, même partiel, de l’enseignement supérieur par les droits d’inscription mène donc à une ségrégation sociale et genrée accrue, avec une réduction des moyens dans les établissements petits et moyens (surtout en 1er cycle) et les filières (humanités, SHS) qui sont à la fois les plus populaires et les plus féminines.

Pour aller plus loin, consultez le dossier du mensuel du Snesup FSU consacré aux droits d’inscription

Gobernanza por indicadores y mercantilizacion del trabajo universitario

Conferencia del ciclo UBA DIGITAL en la facultad de Economia de la Universidad de Buenos Aires, el 7 de abril 2025.

Los cambios técnicos conllevan relaciones de poder: trasforman lo que se enseña, y porque, al mismo tiempo que como se enseña. Los cambios en las ultimas décadas en Francia, apoyados en indicadores cuantitativos y plataformas de selección y gestión, segmentaron al sistema universitario.

materiales de presentación

Sociologie des réformes universitaires et du gouvernement de la recherche, EHESS, 2024-2025 (3e année)

organisé par Joël Laillier (MCF, université d’Orléans et CMH), Mélanie Sargeac (Post-doctorante, Lipha), Hugo Harari-Kermadec (PU, ERCAE, université d’Orléans et IDHES) et Christian Topalov (directeur d’études, CMH)

Le séminaire a lieu les premiers et troisièmes mardis de 10h30 à 12h30 du 19 novembre 2024 au 3 juin 2025 sur le Campus Condorcet – Centre de colloques – Salle 3.08.

Inscription sur participations.ehess.fr (chercher UE145). Vous pouvez retrouver l’intention du séminaire et le programme de l’an dernier ici.

Programme 2024-2025 :

  • 19 novembre – Christophe Charle (Paris 1) – Elites politiques et massification de l’université, les contradictions au sommet de l’Etat (1945-1986). A partir de la thèse de Yassir Hammoud : Que faire de la « pléthore » étudiante ? La politique universitaire en France (1945-1986)
  • 3 décembre – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac – La mesure en éducation : construire une synthèse de la littérature.
  • 17 décembre – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac – L’analyse de séquences en sciences sociales.
  • 7 janvier – Fanny Gallot (Paris-Est Créteil), Marion Paoletti (Université de Bordeaux) et Sophie Pochic (CNRS, Centre Maurice-Halbwachs) – L’excellence scientifique : piège ou opportunité pour les femmes ?
  • 21 janvier – Charles Soulié (Paris VIII) – Plongée chez les invisibles de l’université : une histoire des personnels ATOS/BIATSS des années 60
  • 4 février – Coline Soler (IDHES, ENS Paris-Saclay et Irisso, Paris-Dauphine) –Les oppositions à la « loi de programmation de la recherche » (LPR) (2019-2020)
  • 4 mars – Julien Salomon (Inria) et Maxime Chupin (CNRS) – Ce que la réforme fait à la science. Table-ronde sur le cas des mathématiques appliquées et de la physique
  • 18 mars – Maira Abreu et Cédric Lomba (CNRS, CSU-Cresppa) – Le « plan d’intégration des hors-statuts » au CNRS (1974-1980)
  • 1er avril – Annabelle Allouch (Université de Picardie-Jules Vernes, CURAPP) et Delphine Espagno-Abadie (Sciences Po Toulouse) – Contester Parcoursup. Sociologie d’une plainte.
  • 29 avril [reportée] – Joël Laillier et Christian Topalov – Présentation et discussion des données disponibles sur « les principaux dirigeants de l’ESR »
  • 6 mai – Emmanuelle Picard (ENS Lyon) et Vincent Carpentier (UCL) – Une convergence inattendue ? Les transformations des systèmes français et britanniques d’ESR au XXe siècle
  • 20 mai – Présentation de travaux étudiants
  • 3 juin [reportée] – Hugo Harari-Kermadec, Joël Laillier, Mélanie Sargeac et Christian Topalov – Traitement des données sur « les principaux dirigeants de l’ESR »

Sociologie des réformes universitaires et du gouvernement de la recherche, EHESS, 2023-2024 (2e année)

organisé par Joël Laillier (MCF, université d’Orléans et CMH), Mélanie Sargeac (Post-doctorante, CSO), Hugo Harari-Kermadec (PU, ERCAE, université d’Orléans et IDHES) et Christian Topalov (directeur d’études, CMH)

Le séminaire a lieu les premiers et troisièmes mardis de 12h30 à 14h30 du 7 novembre 2023 au 4 juin 2024 sur le Campus Condorcet – Grand équipement documentaire – Salle 3.08, Cours des humanités à Aubervilliers

Inscription sur participations.ehess.fr (chercher UE145). Programme ci-dessous.

L’université et la recherche ont connu, en France depuis le début des années 2000, un bouleversement majeur de leur système d’organisation et de gouvernement. Le séminaire présentera et discutera des enquêtes récentes ou en cours qui éclairent ces transformations : différenciation par leurs publics des universités entre elles et vis-à-vis des grandes écoles, changements du recrutement social des étudiants à l’heure de Parcoursup, effets de tri et de classement ; transformation du système de gouvernement de l’enseignement supérieur et de la recherche, déplacements des lieux de pouvoir et conséquences sur la formation et sur la recherche ; sociologie des réformateurs, des nouveaux personnels dirigeants, des réponses des mondes savants. Sur tous ces sujets, on s’attachera à présenter des résultats en même temps qu’à discuter les méthodes d’enquête qui ont permis de les produire.

Le séminaire examinera aussi comment les sciences sociales ont accompagné le processus de réforme, pour le décrire, l’éclairer ou le critiquer. Les chercheurs, lorsqu’ils étudient un monde conflictuel qui se trouve être le leur, deviennent du même coup, qu’ils le veuillent ou non, les acteurs des réalités qu’ils observent. On esquissera une sociologie de celles et ceux qui sont engagés dans ce champ d’étude en même temps que l’on rendra compte des orientations diverses de leurs travaux.

Ainsi, le séminaire sera l’occasion d’interroger les ressorts d’un mouvement réformateur (comment étudier une réforme, comment une réforme s’élabore, comment elle s’impose, comment elle recrute un personnel pour la mettre en place, quels effets produit-elle, comment elle suscite des résistances …), mais aussi de se former à l’articulation des méthodes d’enquête quantitatives (analyse de réseau, analyse géométrique, méthodes de classification …) avec des approches plus qualitatives (prosopographie, analyse de documents …) et des enquêtes de terrain, en développant un souci réflexif nécessaire au métier de sociologue.

Programme

  • 7 novembre – Joël Laillier et Christian Topalov. Des réformes ou une réforme ? Chronique d’un bouleversement dans le gouvernement de l’université et de la recherche en France (2004-2023)
  • 21 novembre– Jérôme Aust (CSO, Sciences Po  Paris) et Clémentine Gozlan (Laboratoire Printemps, UVSQ et CSO) ; discutants : Joël Laillier et Christian Topalov. Des patrons aux ex-pairs : transformations des élites du gouvernement de la biomédecine et réformes du système académique français (1960-2010)
  • 5 décembre – Joël Laillier et Christian Topalov ; discutants : Jérôme Aust et Clémentine Gozlan. Une typologie des principaux dirigeants de l’ESR (2005-2018) : profils de carrières et déplacements dans le système de gouvernement
  • 19 décembre – Etienne Bordes (FRAMESPA, Université Toulouse Jean Jaurès). Dépasser les clivages ? La Conférence des présidents d’université depuis 1971.
  • 16 janvier – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac. Dynamiques du marché global de l’enseignement supérieur : du classement de Shanghai à l’épidémie de covid.
  • 6 février – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac. Sociologie quantitative des populations étudiantes : différentiations multiscalaires (établissements, cycles, disciplines).
  • 5 mars – Mathieu Rossignol-Brunet (LIEPP, Sciences Po) et Leila Frouillou (CRESPPA, Université Paris-Nanterre). Les évolutions de la stratification socio-scolaire des affectations dans les formations franciliennes de droit et d’histoire : d’APB 2016 à Parcoursup 2021.
  • 19 mars – séance reportée au 4 juin pour cause de grève
  • 2 avril – Coline Soler (IDHES, ENS Paris-Saclay et Irisso, Paris-Dauphine). La bataille de la LPR (loi de programmation de la recherche), 2018-2020.
  • 7 mai – Hugo Dumoulin (Modyco, Nanterre), Virginie Lethier (Elliadd, Besançon), Caroline Mellet (Modyco, Nanterre), Emilie Née et Frédérique Sitri (Ceditec, UPEC). Les transformations de l’université saisies par ses discours  : comptes rendus de CA et rapports de laboratoire 1970 à nos jours.
  • 21 mai – Discussion de travaux étudiants ou Hugo Harari-Kermadec, Joël Laillier, Mélanie Sargeac et Christian Topalov. Du chahut dans les statuts : comment on entre, aujourd’hui, dans la carrière
  • 4 juin – Cédric Hugrée (CNRS, Cresppa-CSU), Tristan Poullaouec (université de Nantes, CENS) ; discutants : Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac. Présentation de l’Université qui vient (Raisons d’agir, 2022) ; sociologie quantitative des populations étudiantes : différentiations multiscalaires (établissements, cycles, disciplines)

Right to Higher Education: funding mechanisms and multidimensional segregation

Briefing note for UNESCO World higher education conference (2022) by Hugo Harari-Kermadec

What are the challenges to the right to higher education from your perspective/area of expertise (geographic, legal, normative, societal, educational, etc)?

In recent decades, in Europe as in North America, the access to higher education has been massified. In some countries this massification occurred without democratization, since students with different economic, gender or racial characteristics cannot access the same institutions, fields or diplomas. The recent dynamics of a renewed globalization of higher education reinforce this hierarchization. The rankings, by their very form, suppose that higher education is a unidimensional and hierarchical space, by opposition to a more qualitative and multidimensional representation in terms of reputation (Hazelkorn, 2015 ; Paradeise & Thoenig, 2015).

Since these rankings orient the students, the best-ranked universities can be more selective and apply higher tuition fees (as well as gather more alumni donations). As such, when public policies are based on rankings and other indicators of excellence, public funding is also concentrated at the top universities (in France for example, 80% of excellence grants go to 20% of the institutions). The simplistic representation of rankings is therefore achieved through these mechanisms and higher education becomes increasingly hierarchized.

A small group of top universities are able to select (through tests and high fees) students applying from all over the world, but with very similar economic backgrounds and scholar records. On the other end, this creaming effect (removing the “best” students) leaves second or third tier institutions with students that failed to be selected, or did not apply to the top universities. This hierarchization of universities, therefore, leads to the segregation of students. In this context, the right to higher education is qualitatively challenged: all candidates can access higher education, but some can access a more qualitative and better funded education with more research links. Consequently, opportunities to enter the job market are unequally distributed. This, finally, completes the circle, since student loans are granted according to these expected opportunities.

A future aim is to work towards a series of guiding principles on the right to higher education. These would be global guidelines that would be used in and adaptable to various contexts. They would reflect existing legally binding instruments (not create new standards). They would provide guidance to States and other higher education stakeholders on how to uphold and advance the right to higher education. What would you consider essential for inclusion in these guiding principles?

To ensure that the right to higher education is not deviated by a strong segregation, the openness of universities can be measured. Segregation indicators can consider several dimensions, such as economic and social background, race, residence, gender, former academic curricula, disability, etc. Indicators can be measured at different scales simultaneously, in order to ensure that openness is homogeneous within the institution, and not the result of the aggregation of differently segregated components. Recent publications in the case of France propose different methodologies to measure openness and segregation (Avouac & Harari-Kermadec, 2022 ; Blanchard et al., 2020) and show a worrying dynamic.

According to national specificities, diverse regulations can be designed to address the segregation of student populations in different universities. In market driven countries, taxes or a tuition fee cap, can be used to disincentivize top universities from selecting homogeneous student populations, while the collected funding can be channeled to the most open universities. In countries with a centralized application platform, like France, quotas of applicants are already in place but are very ineffective. Gradually tightening the constraints could make possible to aim for convergence.

References:

  • Avouac Romain et Harari-Kermadec Hugo, 2022, « French Universities – A Melting Pot or a Hotbed of Social Segregation? A Measure of Polarisation within the French University System (2007-2015) », Economics and Statistics 528‑529, p. 63‑83.
  • Blanchard Marianne, Chauvel Séverine et Harari-Kermadec Hugo, 2020, « La concurrence par la sélectivité entre masters franciliens », L’Année sociologique 70(2), p. 423‑442.
  • Hazelkorn Ellen, 2015, Rankings and the Reshaping of Higher Education: The Battle for World-Class Excellence, Palgrave Macmillan.
  • Juliana Lima et al., 2022, L’Enseignement Supérieur en France : un droit menacé face aux inégalités croissantes ?, Rapport de recherche préparé pour la IIIe Conférence Mondiale de l’UNESCO sur l’Enseignement Supérieur, Barcelone, Réseau de Recherche Francophone sur la privatisation de l’éducation.
  • Paradeise Catherine et Thoenig Jean-Claude, 2015, In Search of Academic Quality, Palgrave Macmillan.

L’enseignement supérieur en France : un droit menacé face aux inégalités croissantes ?

Rapport de recherche préparé pour la IIIe Conférence Mondiale de l’UNESCO sur l’Enseignement Supérieur organisée à Barcelone en mai 2022.

Par Juliana Lima, Delphine Dorsi (Right to Education Initiative) et Thibaut Lauwerier (Université de Genève, Réseau de Recherche Francophone sur la privatisation de l’éducation) avec la contribution de Hugo Harari-Kermadec (Université d’Orléans – ERCAE), Claire Calvel et Victor Chareyron (École Normale Supérieure Paris-Saclay) et des étudiant·e·s de l’Ecole de droit de Sciences Po Paris : Audrey Bergassoli, Hawa Diallo, Margaret Harris and Hicham Touili-Idrissi.

Rapport complet

L’Enseignement Supérieur est un droit fondamental garanti par plusieurs traités internationaux de droits humains ratifiés par la France. Ceux-ci établissent que les États doivent assurer l’égalité d’accès à l’Enseignement Supérieur à toute personne, ayant la capacité de suivre une formation universitaire, sans discrimination et qu’ils ont l’obligation de le rendre progressivement gratuit.

S’appuyant sur des recherches réalisées par l’Initiative pour le droit à l’éducation en collaboration avec des chercheur·e·s et des étudiant·e·s du Supérieur, ce document illustre certains des défis auxquels sont confrontés les États, vis-à-vis de leurs obligations au regard du droit à l’Enseignement Supérieur. Le cas de la France, pays qui dispose d’un système d’enseignement supérieur globalement accessible et inclusif, met en exergue que la pleine réalisation du droit à l’enseignement supérieur est loin d’être une évidence.

En effet, les études reflétées dans ce document montrent que des nombreuses inégalités persistent, dont les inégalités d’accès en fonction du milieu socio-économique ou du lieu d’origine/de résidence des étudiant·e·s. L’impact de ces inégalités est exacerbé par l’organisation du système d’enseignement supérieur français, caractérisé par une nette distinction entre les universités et les grandes écoles, des processus d’admission plus ou moins sélectifs selon les filières et les cursus, et une large variation du coût des frais d’inscriptions – celui-ci étant bien plus élevé dans les établissements plus sélectifs, lesquelles, pourtant, jouissent d’une reconnaissance et d’une valeur sociale plus sûre sur le marché du travail. Les frais d’inscriptions sont aussi beaucoup plus élevés dans les établissements d’enseignement supérieur privés. Or, leur nombre et les effectifs d’étudiant·e·s inscrit·e·s ne cesse d’augmenter. A cela, s’ajoute la répartition inégale des établissements d’enseignement supérieur sur le territoire français, avec des variations importantes d’implantation, selon les filières et les cursus à travers les régions, perpétuant les inégalités territoriales et, de ce fait, leur impact sur l’avenir des générations actuelles et futures : contrainte à la mobilité pour accéder à l’Enseignement Supérieur, la jeunesse, habitant loin des grands pôles universitaires et, notamment de la capitale française, doit faire face à des coûts supplémentaires. Le coût indirect des études (mobilité, logement, transport, alimentation, etc.), largement influencé par la différence du niveau de vie à travers le territoire français, creuse, ainsi, les inégalités socio-économiques et territoriales déjà existantes, pénalisant encore plus les étudiant·e·s dont le domicile est éloigné des centres universitaires et les étudiant·e·s appartenant aux familles les plus modestes.

La croissante privatisation de l’Enseignement Supérieur en France renforce les inégalités, d’autant plus que malgré une augmentation globale du budget de l’Enseignement Supérieur, celui-ci est inégalement réparti et que le financement par étudiant·e est en baisse. Finalement, ce sont les étudiant·e·s les plus favorisé·e·s qui reçoivent le financement le plus élevé, alors que les aides allouées aux étudiant·e·s défavorisé·e·s sont insuffisantes pour combler les écarts de financement entre les étudiant·e·s.

L’État français, qui a ratifié plusieurs traités de droits humains reconnaissant le droit à l’éducation, est tenu de mettre en oeuvre le droit à l’Enseignement Supérieur. Sur le plan interne, il doit aussi s’acquitter de son devoir constitutionnel d’organisation de l’Enseignement Supérieur gratuit et accessible à toutes et à tous. L’analyse exposée dans ce document montre que les inégalités en fonction du milieu socio-économique et en fonction du lieu d’origine/de résidence des étudiant·e·s constituent des discriminations telles que définies par le droit international des droits humains et questionnent l’obligation constitutionnelle de l’État français d’assurer l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction et à la formation professionnelle. L’étude a également montré que la privatisation de l’Enseignement Supérieur accroît les inégalités, entretenant des disparités d’opportunités et/ou de résultats en matière d’éducation déjà fortes dans l’Enseignement Secondaire, pour certains groupes de la société, notamment les étudiant·e·s les plus marginalisé·e·s, ce qui est contraire à l’article 13 du PIDESC (para 30 de l’Observation générale 13 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels, Principes d’Abdijan, principe directeur 48146). Enfin, l’analyse montre que la part de financement public de l’Enseignement Supérieur par étudiant·e est en baisse constante depuis 6 années consécutives, ce qui constitue une mesure régressive contraire au droit international car injustifiée.

Certes, la France a adopté une série de mesures visant réduire les inégalités et assurer des conditions d’accès, de traitement et de réussite égales à toutes et à tous, sans discrimination147. À certains égards, les politiques publiques, mises en place par l’État français, ont permis d’apporter un soutien aux groupes d’individus défavorisés et à combler certaines lacunes discriminatoires dans l’accès à l’Enseignement Supérieur. Pourtant, on constate que malgré les efforts de la France, les étudiant·e·s les plus marginalisé·e·s continuent à être sous-représenté·e·s dans l’Enseignement Supérieur, notamment dans les établissements et cursus les plus prestigieux et reconnus, donnant accès aux meilleures offres d’emploi.

M1 EOS Econométrie

Les séances traitent de la sociologie de la quantification, des modèles linéaire, logit et tobit, de l’analyse en composante principale et de la classification (voir plus bas).

Réplication

Les étudiant-es doivent produire un rapport réplicant d’un article, L’université française, lieu de brassage ou de ségrégation sociale ?, paru en 2021.

  • faire une demande d’accès aux données SISE inscription 2007 et 2019 sur Quételet/Progredo.
  • Importer les données dans R pour la dernière année disponible.
  • Construire une table avec un établissement par ligne et les principales colonnes : nom de l’établissement, année, taux de chaque sexe, taux d’inscrits dans chaque cycle, taux de bacheliers de chaque bac, taux d’enfants de chaque PCS.
  • Ajouter les noms des établissements et leur rang au classement de Shanghai, et pourquoi pas quelques données financières, à l’aide du package kpiESR de Julien Gossa (description ici et données là). Un article ici par exemple sur le lien budget/classement.
  • Proposer un modèle Tobit avec le classement de Shanghai comme variable expliquée.
  • Faire une Analyse en composantes principales (ACP) des universités françaises, en cherchant à coller au maximum à l’article.
  • Faire une classification des universités, à nouveau en cherchant à coller au maximum à l’article pour comparer.

Introduction

Sociologie de la quantification, rappels statistiques et introduction à R et au Tydiverse

Modèle linéaire

Une présentation générale du modèle linéaire et quelques détails mathématiques

Données qualitatives et mixtes (au sens de l’économie)

Une présentation des modèles logit et tobit et quelques détails sur l’un puis l’autre.

Analyse en composante principale et classification ascendante hiérarchique

Quelques rappels video sur l’ACP avec R et une série de videos sur la classification (1 et 2 sur la théorie, et 5 sur la mise en oeuvre sous R).

Crisis and excellence: how the French higher education system is polarized and commodified.

Historical materialism congres, London, november 2022. Communication of Hugo Harari-Kermadec

The French higher education system, as many other in Europe, have been facing major transformations during the last decades. Across the XXth century, its main purpose was to provide higher education in all parts of France, in a context of massification of the student population. The rhetoric of excellence (Musselin, 2017) in training and research has gradually prevailed, embodied in the race for international university rankings (Harari-Kermadec, 2019).

These rankings are mobilized by the public authorities to present as external, global, a trend of competition and commercialization. The number of students in international migration is growing exponentially, and French institutions must do better on this export market. French institutions were not ranked as high as they should, and universities were stuck in a crisis of bachelor completion rate (Bodin & Orange, 2013). These arguments have been used as justification for the development of competitive grants for research and for university mergers, the so called “excellence” policies from 2010 onwards. They were also put forward by the first Macron government to multiply by 16 the registration fees – for foreign students only – with the “Welcome to France” plan in 2019.

Nevertheless, French universities remain public institution funded on block grants and the vast majority of students pay no or low tuition fees (a few hundred euros). What dynamics result from this contradiction? We defend that it results in a differentiation dynamic (Rikap & Harari-Kermadec, 2020), with elements of polarization of student populations (between institutions but also within each university) and various stages of commodification of academic labor.  

We use student enrollment data on the last decade to study the reorganization of the French higher education, historically divided between free, public and open access universities and elite Grandes Ecoles, pioneer in the rise of tuition fees. The “excellence” policies distinguish a few institutions, results of mergers of universities and Grandes Ecoles, much better funded and designed to climb the international rankings. They keep the name “university” but are legally defined by a experimental status (reducing the traditional academic collegiality) and would be better described as very Grandes Ecoles. Their student population present indeed elitist social properties (social origin, parents income, high school achievements). This trend is even more pronounced if we focus on the graduate programs (Blanchard et al., 2020). On the other hand, the majority of universities, situated in medium-sized cities or suburbs (Chareyron et al, 2022), assume most of the public service of providing higher education for an increasing number of students from lower classes, with reduced funding.

Commodification is then a differentiated process. On the top of the system, world elite research is directly connected with global corporations, and expensive graduate programs are offered on the global market. On the bottom, for profit institutions offer expensive higher education to medium and lower classes students, taking advantage of the poor learning conditions in the lower tier of public universities. Finally, some very elitist institutions, as Sciences Po and Ecole Polytechnique, have been able to preserve their privileged position as traditional Grandes Ecoles to be exempted from the mergers while rising sharply tuitions fees and foreign student enrollment.

Politiques d’excellence et mise en crise du système d’enseignement supérieur français

Colloque Crise(s) en éducation et en formation, novembre 2022. Intervention d’Hugo Harari-Kermadec

Support de la présentation

Depuis deux décennies, les transformations du système universitaire public sont nombreuses et profondes. Si la disponibilité pour tou·tes et partout d’un service public d’enseignement supérieur était au cœur des préoccupations dans la deuxième moitié du XXe siècle, au cours des années 2000 la rhétorique de l’excellence des formations et de la recherche s’y est progressivement substituée (Musselin, 2017), incarnée par la course aux classements universitaires internationaux (Harari-Kermadec, 2019). Le système universitaire doit cependant, dans le même temps, faire face à une augmentation continue et soutenue du nombre d’étudiant·es, qui a doublé depuis 1980. Depuis 2008, la dépense moyenne par étudiant·e à l’université recule.

Ces tendances contradictoires produisent une polarisation sociale du système universitaire  (Avouac et Harari-Kermadec, 2021) : à côté de quelques universités de rang mondial, situées dans les plus grandes métropoles qui concentrent les financements dits « compétitifs » et attirent les étudiant·es les plus favorisés, et, d’autre part, des universités de « second rang », qui assurent l’accès aux études supérieures à une population plus populaire sur le reste du territoire (Chareyron et al., 2022). Une seconde polarisation, interne, distingue les masters et les licences sélectives, d’une part, des licences traditionnelles et des IUT, d’autres part. Alors qu’une partie, très visible, de l’enseignement supérieur prospère, le reste est « mis en crise », non plus dans la seule communication gouvernementale (Bodin et Orange, 2013) mais bien matériellement, au sens où les moyens mis à sa disposition et les missions qui lui sont confiées suivent des trajectoires inverses.

Cette polarisation multiscalaire s’articule de plus avec les hausses de frais d’inscription ciblées établissement par établissement, formation par formation, et même suivant le profil des étudiant·es (extra-européen·nes ou non ; en formation initiale ou continue). Certaines parties de l’offre éducative publique sont valorisées par les labels d’excellence et valorisables pour les établissements par les importants frais qu’elles permettent de collecter ; à d’autres endroits au contraire, son délabrement ouvre un espace pour une offre marchande alternative.

Cette communication propose de mettre en lumière cette polarisation de l’enseignement supérieur français à partir d’une analyse quantitative des populations étudiantes (analyse en composantes principales à partir des bases SISE du ministère de l’enseignement supérieur). Les propriétés sociales et scolaires des populations étudiantes pourront alors être mises en regard des caractéristiques des établissements (lauréat de financements d’excellence, classements internationaux, localisation géographique) ou des formations (cycle, discipline) concernées.

Sociologie des réformes universitaires et du gouvernement de la recherche, EHESS, 2022-2023

organisé par Hugo Harari-Kermadec (PU, ERCAE, université d’Orléans et IDHES), Joël Laillier (MCF, université d’Orléans et CMH), Mélanie Sargeac (Post-doctorante, CMH) et Christian Topalov (directeur d’études, CMH)

Le séminaire a lieu les premiers, troisièmes et, parfois, cinquièmes mardis de 10h30 à 12h30 du 15 novembre 2022 au 6 juin 2023 sur le Campus Condorcet – Grand équipement documentaire – Salle 2.11, Cours des humanités à Aubervilliers

Inscription sur participations.ehess.fr (chercher UE145). Programme ci-dessous.

L’université et la recherche ont connu, en France depuis le début des années 2000, un bouleversement majeur de leur système d’organisation et de gouvernement. Le séminaire présentera et discutera des enquêtes récentes ou en cours qui éclairent ces transformations : différenciation par leurs publics des universités entre elles et vis-à-vis des grandes écoles, changements du recrutement social des étudiants à l’heure de Parcoursup, effets de tri et de classement ; transformation du système de gouvernement de l’enseignement supérieur et de la recherche, déplacements des lieux de pouvoir et conséquences sur la formation et sur la recherche ; sociologie des réformateurs, des nouveaux personnels dirigeants, des réponses des mondes savants. Sur tous ces sujets, on s’attachera à présenter des résultats en même temps qu’à discuter les méthodes d’enquête qui ont permis de les produire.

Le séminaire examinera aussi comment les sciences sociales ont accompagné le processus de réforme, pour le décrire, l’éclairer ou le critiquer. Les chercheurs, lorsqu’ils étudient un monde conflictuel qui se trouve être le leur, deviennent du même coup, qu’ils le veuillent ou non, les acteurs des réalités qu’ils observent. On esquissera une sociologie de celles et ceux qui sont engagés dans ce champ d’étude en même temps que l’on rendra compte des orientations diverses de leurs travaux.

Ainsi, le séminaire sera l’occasion d’interroger les ressorts d’un mouvement réformateur (comment étudier une réforme, comment une réforme s’élabore, comment elle s’impose, comment elle recrute un personnel pour la mettre en place, quels effets produit-elle, comment elle suscite des résistances …), mais aussi de se former à l’articulation des méthodes d’enquête quantitatives (analyse de réseau, analyse géométrique, méthodes de classification …) avec des approches plus qualitatives (prosopographie, analyse de documents …) et des enquêtes de terrain, en développant un souci réflexif nécessaire au métier de sociologue.

  • 15 novembre –  Hugo Harari-Kermadec, Joël Laillier, Mélanie Sargeac et Christian Topalov : Politiques, structures, acteurs – Un séminaire sur l’enseignement supérieur et la recherche (ESR)
  • 6 décembre – Joël Laillier et Christian Topalov : Politiques – Des réformes cohérentes ? Une analyse des rapports français sur l’ESR (1998-2020)
  • 3 janvier – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac : Politiques – Organismes internationaux et renouveau idéologique de la gestion de l’ESR
  • [Grève, annulé] 17 janvier – Christian Topalov et Coline Soler  (IDHES, ENS Paris-Saclay et Irisso, Paris-Dauphine) : Politiques – Sélection, façonnage et pilotage des « universités d’excellence » (2010-2020)
  • [Grève, annulé] 31 janvier – Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac : Structures – sociologie quantitative des populations étudiantes : différentiations multiscalaires (établissements, cycles, disciplines)
  • [Grève, annulé] 7 février – Cédric Hugrée (CNRS, Cresppa-CSU), Tristan Poullaouec Poullaouec (Université de Nantes, CNS), Hugo Harari-Kermadec et Mélanie Sargeac : Structures – Présentation de l’Université qui vient (Raisons d’agir, 2022).
  • [Grève, annulé] 7 mars – Mathieu Rossignol-Brunet (CERTOP, Université Toulouse Jean Jaurès) et Leila Frouillou (CRESPPA, Université Paris-Nanterre) : Structures – Les évolutions de la stratification socio-scolaire des affectations dans les formations franciliennes de droit et d’histoire : d’APB 2016 à Parcoursup 2021
  • [Grève, remplacé par un séminaire de mobilisation] 21 mars.
  • [Grève, annulé] 4 avril – Jérôme Aust (CSO, Sciences Po  Paris) et Clémentine Gozlan (Laboratoire Printemps, UVSQ et CSO) ; discutants : Joël Laillier et Christian Topalov : Acteurs – Des patrons aux ex pairs : transformations des élites du gouvernement de la biomédecine et réformes du système académique français (1960-2010)
  • 18 avril – Hugo Harari-Kermadec : Structures – Politiques d’excellence et polarisation sociale de l’enseignement supérieur français
  • 16 mai – Joël Laillier et Christian Topalov : Des réformes en une réforme ? Chronique d’un bouleversement dans le gouvernement des universités et de la recherche en France (2004-2023)
  • 6 juin – Du chahut dans les statuts : précarisation et résistances des non titulaires. Séminaire militant avec des représentants des collectifs de précaires (de Paris-Saclay, de Paris 1, la CGT-doctorants…) participant à la mobilisation pour le doublement du paiement des vacations et sa mensualisation.

Bourses étudiantes : comment corriger les inégalités du système français ?

Article de David Flacher et Hugo Harari-Kermadec publié par The Conversation le 18 octobre 2022.

Le système de bourse est à bout de souffle, avec une redistribution assez limitée et en réduction. L’article revient sur les principaux enjeux économiques et démographiques, chiffres à l’appui, avant de proposer une refonte complète permettant la mise en place d’une allocation d’autonomie.

Article en libre accès à lire ici